Bernard COAT

Bernard COAT

Perversions

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"Perversions" aux éditions du 38.

Cet ouvrage est disponible sur les plates-formes de vente en numérique et chez tous les bons libraires ( isbn /9782374530635) .

 

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Perversions. ( Texte de la 4ème de couverture)

 

Brillante avocate parisienne, battante et sensible, Mia a apparemment tout pour réussir. Mais les apparences sont parfois trompeuses. Tourmentée par un divorce encore douloureux, une mère disparue quelques années plus tôt, et un maniaque de la pire espèce qui ne lui laisse aucun répit, Mia va se retrouver entraînée dans une spirale infernale. Les pervers sont partout, et il est souvent difficile de les identifier. Alors méfiance !

 

 

 

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Extrait :

 

 

Quand elle arriva à quelque cent mètres de son travail, il était là à l’attendre. C’est ce qu’il sembla à Mia, qui le repéra immédiatement au coin de la place de la République et du boulevard du Temple. Elle sentit qu’il l’observait de ses yeux sombres, plus froids que le vent de cette fin novembre qui ébouriffait ses cheveux blonds, tandis qu’il serrait les poings dans les poches de son blouson de cuir Buffalo. Est-ce qu’elle le connaissait ?

Quand elle se rapprocha, il bougea légèrement et elle vit sur sa bouche une sorte de sourire comme celui d’un pantin articulé. C’était un sourire calculé dépourvu de toute chaleur, sans répondre au hochement de tête presque imperceptible qu’il lui adressa lorsque leurs regards se croisèrent. Un sourire plein de mystères, réalisa-t-elle, en se détournant brusquement pour monter vivement l’escalier, soudain prise de frissons.

Mia sentit que l’homme marchait derrière elle, d’un pas assuré dont les vibrations commençaient à lui traverser tout le corps. Elle arriva en haut des marches, poussa la lourde porte ; l’étranger s’arrêta au sommet de l’escalier, son visage apparaissant et réapparaissant à chaque rotation de la porte, avec toujours ce sourire malsain sur les lèvres.

Je suis la Perversité, murmurait le sourire.

Mia entendit une sorte de halètement s’échapper de ses propres lèvres et se rendit compte, d’après les pas traînants qu’elle devina derrière elle sur le sol en marbre, qu’elle avait attiré l’attention d’un des vigiles. Elle se retourna, regarda l’agent s’approcher prudemment.

— Quelque chose ne va pas ? questionna-t-il.

— Il y a un homme, là, dehors, qui me paraît étrange.

Le vigile tourna la tête vers la porte ; Mia suivit lentement son regard. Il n’y avait personne.

— Je crois que j’ai des visions, dit Mia pour s’excuser, soulagée de voir que l’homme, quel qu’il fût, était parti.

— L’homme vérifia l’identité de Mia bien qu’il sût parfaitement qui elle était, la faisant passer à travers le détecteur de métaux comme il avait l’habitude de le faire tous les matins depuis les attentats qui endeuillaient la capitale.

Mia se levait à huit heures moins le quart, prenait une douche, enfilait les vêtements qu’elle avait préparés la veille au soir, puis avalait un petit-déjeuner, pour s’asseoir derrière son bureau une heure après, avec son PC ouvert devant elle sur le programme de la journée, à côté de ses dossiers empilés. Si elle se trouvait dans la phase d’instruction d’une affaire, il y avait une multitude de détails à étudier, des stratégies à mettre en place, des questions à formuler : une bonne avocate ne posait jamais de question dont elle ne connaisse la réponse par avance. Mia Cruz n’aimait pas les surprises durant les audiences. Elle réglait ses affaires comme si elle apprenait une chanson par cœur. Après la leçon retenue, elle s’installait avec une tasse de café et un croissant à la confiture d’abricot pour lire le journal. C’était un rituel.

L’étranger aux cheveux bruns et au sourire diabolique s’imposa brutalement à sa mémoire. Je suis la Perversité, ricanait-il, sa voix rebondissant sur les murs dénudés du bureau.

Mia reposa le journal, parcourut la pièce des yeux. Des tables en noyer plus ou moins éraflé étaient disposées le long des murs d’un blanc terni. Il n’y avait aucun tableau, ni paysage, ni portrait, rien qu’une vieille affiche encadrée de Sur les Quais de Grémillon scotchée sur le mur en face de son bureau. Des livres de droit occupaient des étagères métalliques tristement utilitaires. On aurait pu ôter et déménager tout cela en quelques minutes.

Mia partageait la pièce avec Charly Jean et Barbara Noël, ses associés, qui allaient arriver d’ici une demi-heure. En tant qu’actionnaire majoritaire, c’était à Mia de prendre les décisions importantes concernant le fonctionnement du bureau. Vers neuf heures et demie, les étages seraient aussi bruyants que le stade d’Anfiels Road, c’est du moins ce qu’il semblait à Mia qui avait l’habitude de savourer ces quelques instants de paix et de tranquillité avant que tout le monde arrive.

Aujourd’hui, c’était différent. L’homme l’avait déconcertée. Qu’y avait-il donc de si familier en lui ? En vérité, elle n’avait pas bien vu son visage, n’ayant aperçu que son sourire inquiétant, et elle aurait sûrement été incapable de le décrire pour établir un portrait-robot. Pourquoi être obsédée par cet homme ?

Mia reprit sa lecture.

— Tu es bien matinale.

La voix masculine lui parvint de la porte ouverte.

Mia ne leva pas les yeux. C’était inutile. Si la forte odeur d’eau de toilette pour femmes n’avait pas suffi à trahir Charly, son ton de fanfaron l’aurait fait. Tout le monde commérait dans les bureaux spécialisés que la liste de ses succès d’alcôve était plus longue que celle de ses succès au tribunal. C’est la raison pour laquelle Mia s’était toujours appliquée à maintenir une certaine distance avec cet avocat d’une quarantaine d’années.

— Je peux faire quelque chose pour toi, Charly ?

Le personnage fut devant le bureau de Mia en trois enjambées.

— Dis-moi ce que tu es en train de lire.

Il se pencha pour jeter un coup d’œil par-dessus son épaule.

— Ne me dis pas que tu te délectes de la rubrique « People » !

— Charly, je suis vraiment occupée…

— C’est ce que je vois.

— Non, c’est vrai, lui dit Mia, observant brièvement son visage d’une beauté presque vulgaire, rehaussée par le bleu marine de ses yeux. Il faut que je sois au tribunal à dix heures et demie.

Il consulta sa montre à gousset comme un dandy de la belle époque.

— Tu as largement le temps.

— Le temps qu’il me faut pour mettre mes idées en ordre. Tu peux me laisser tranquille ?

— Je suis sûr qu’elles le sont déjà, dit-il, s’appuyant sur le bureau, étudiant son propre reflet narcissique dans la vitre de la fenêtre située derrière elle.

Il effleura une pile de papiers soigneusement rangés.

— Je parie que ton esprit est aussi bien ordonné que ton bureau.

Le mouvement de sa bouche rappela aussitôt à Mia l’étranger au sourire menaçant.

— Regarde-toi, dit Charly, tu n’es pas loin du « nervous breakdown »…

Il caressait le plateau de la table, traçant de petits cercles, l’effet en était presque hypnotique. Elle se leva pour se diriger vers la bibliothèque.

— Je crois que tu ferais mieux de partir pour que je puisse travailler un peu. Je dois faire ma plaidoirie finale dans l’affaire Irène Joubert et…

— Irène Joubert ? La fille qui dit avoir été violée…

— La femme qui a été violée, rectifia Mia.

Le rire de Charly envahit l’espace qui les séparait.

— Bordel, Mia, elle n’avait pas de culotte ! Tu crois qu’un jury va déclarer coupable de viol un type qui a violé une femme qu’il a rencontrée dans un bar et qui ne portait pas de culotte ? Le fait qu’elle ne porte pas de culotte pour aller dans un bar réputé pour les rencontres m’a tout l’air d’un consentement tacite.

— Et un couteau sur la gorge, c’est comme ça que tu vois des préliminaires érotiques ?

Mia secoua la tête avec tristesse. Si elle ne parvenait pas à persuader ses collègues que l’accusé était coupable, comment pouvait-elle espérer convaincre des jurés ?

— Je ne vois aucune marque de culotte sous cette jupe, dit Charly. Dites-moi, maître, portez-vous une culotte ?

— Ça suffit, lui répondit Mia d’un ton cassant.

Le bleu marine des yeux de Charly se durcit tandis que le timbre de son rire emplissait de nouveau la pièce.

— Je te charrie, voyons ! Je sais très bien que tu peux te battre contre n’importe qui.

Il se dirigea vers la porte.

— Je vais te dire : s’il y a quelqu’un capable de gagner ce procès, c’est bien toi.

— Merci, lança Mia tandis que la porte se refermait.

Elle alla à la fenêtre, contempla la rue d’un regard vague. Elle n’aimait pas les bâtiments modernes, fades et communs, trop éloignés des architectures typiques de Paris. Elle regarda le ciel, lourd de grisaille et de menaces. Le téléphone sonna. Il n’était que huit heures. Elle décrocha.

— Mia Cruz, dit-elle simplement.

— C’est Ava, dit la voix, je te dérange ?

— Jamais, répondit Mia à sa sœur aînée, imaginant le sourire de la femme, la chaleur de ses yeux pleins de bonté. Je suis contente que tu m’appelles.

Mia avait toujours comparé sa sœur à l’un de ces délicats dessins de Degas représentant des danseuses, aux contours pleins de douceur et de flou. Même sa voix était douce. Les deux femmes avaient sensiblement la même forme de visage, étaient toutes deux grandes et minces. Ses cheveux blonds, mi-longs, étaient plus foncés que ceux d’Ava, sa silhouette moins souple et plus anguleuse. C’était comme si l’artiste avait fait deux fois la même esquisse, l’une au pastel et l’autre à l’huile.

— Quoi de neuf ? questionna Mia. Comment vont les enfants ?

— Les jumelles sont superbes. Bernie me demande souvent quand on te reverra.

Mia sentit sa mâchoire se contracter. Le mari d’Ava, Bernie, était un homme d’affaires, un fils à papa qui détestait les bavardages des avocats.

— Comment va ton mari ? s’enquit-elle quand même.

— Bien. Ses affaires marchent très bien malgré la conjoncture, ou peut-être grâce à elle. De toute façon, il ne se plaint pas. On aimerait que tu viennes dîner demain soir, et s’il te plaît, ne me dis pas que tu es déjà prise.

Mia eut envie de rire. Quand donc avait-elle eu un rendez-vous pour la dernière fois ? Quand était-elle sortie un soir sans que cela ait plus ou moins rapport avec son travail ?

— Non, je n’ai pas d’engagement, répliqua-t-elle.

— Bon, alors tu viens. Je ne te vois pas assez ces temps-ci. Je crois que je te voyais plus quand je travaillais.

— Alors, reprends ton travail.

— Jamais de la vie. En tout cas, demain à sept heures. Papa sera là.

Mia sourit au téléphone.

— À demain.

Elle raccrocha en entendant un cri de bébé pleurnichard. Elle imagina Ava se précipitant, se penchant avec bienveillance sur le berceau des jumelles et veiller à ce que le petit garçon de trois ans qui était dans ses jambes reçoive lui aussi toute l’attention requise.

Elle retourna s’asseoir à son bureau, s’efforçant de se concentrer sur la matinée qui s’annonçait, priant de parvenir à prouver que son couillon de collègue, Charly, s’était trompé. Elle savait qu’il était quasiment impossible d’obtenir une condamnation dans cette affaire. Elle devrait se montrer particulièrement persuasive.

— Chaque année en France, 75 000 femmes sont victimes de viol, soit une victime toutes les sept minutes, commença-t-elle, répétant son discours dans son bureau.

Elle respirait profondément, préparant déjà son argumentation, quand Barbara Noël arriva quelques minutes plus tard.

— Comment ça va ?

Mesurant un mètre quatre-vingt, avec des cheveux roux flamboyant qui ondulaient le long de son dos, Barbara avait l’air d’être la version anthropomorphique d’une carotte.

— On s’accroche.

Mia consulta sa montre ; à la différence de celle de Charly, il s’agissait d’une simple Lip avec un banal bracelet de cuir noir.

— Écoute, j’aimerais que Charly et toi vous vous chargiez de l’affaire de drogue Suarez, quand elle passera en jugement.

L’expression de Barbara trahit une légère incompréhension.

— Je croyais que tu voulais prendre ce dossier ?

— Je suis débordée. De plus, vous êtes tout à fait capables de vous en charger. Je serai là si vous avez besoin d’aide.

Barbara Noël ne parvint pas à réprimer un sourire de satisfaction.

— Tu veux un café ? proposa-t-elle.

— Si je bois encore du café, je serai obligée de demander à m’éclipser de la salle d’audience toutes les cinq minutes pour aller faire pipi. Tu crois que ça me gagnerait la sympathie des jurés ?

— Tu as vraiment l’esprit pratique, sourit Barbara.

 

*****

 

L’une des secrétaires, une petite femme ratatinée à qui l’on aurait pu donner aussi bien vingt ans que quarante, passa la tête par la porte entrebâillée, ses longues boucles d’oreilles dorées lui tombant presque sur les épaules.

— Corinne Delgado est là, annonça-t-elle avant de reculer d’un pas, comme si elle s’attendait presque à ce que Mia lui jette quelque chose à la figure.

— Qu’est-ce que vous voulez dire par : elle est là ?

— Je veux dire qu’elle est de l’autre côté de la porte. Apparemment, elle ne s’est pas arrêtée à la réception. Elle dit qu’elle doit vous parler.

Mia parcourut son carnet de rendez-vous.

— Nous n’avons rendez-vous qu’à quatre heures. Vous lui avez dit que je devais être au tribunal dans quelques minutes ?

— Elle n’a pas l’air bien.

— Ça ne m’étonne pas, constata Mia, en se représentant une femme sauvagement battue et violée. Emmenez-la dans la salle de réunion, vous voulez bien ? J’arrive tout de suite.

— Tu veux que j’aille lui parler ? proposa Barbara.

— Non, je m’en charge.

La salle de réunion était petite, sans fenêtre, occupée en son centre par une vieille table en noyer et huit chaises dépareillées. Les murs étaient du même blanc que les autres bureaux, il y avait au sol un tapis multicolore aux couleurs vives pour essayer d’égayer l’ensemble.

Corinne Delgado se tenait à l’entrée. Son teint était si diaphane qu’il prenait des aspects verdâtres ; les poches sous ses yeux témoignaient tristement du fait qu’elle n’avait probablement pas dormi depuis des jours. Seuls ses yeux noirs dégageaient une énergie vibrante de colère, évoquant la femme très belle qu’elle avait dû être un jour.

— Je suis désolée de vous déranger, commença-t-elle.

— C’est que nous n’avons pas beaucoup de temps, dit doucement Mia. Je dois être au tribunal dans une demi-heure. Ça va ? Vous voulez du café ? De l’eau ?

Corinne Delgado repoussa chaque proposition. Mia remarqua qu’elle avait rongé ses ongles jusqu’au sang.

— Je ne peux pas témoigner, dit-elle en détournant les yeux et d’une voix si faible qu’elle était presque inaudible.

— Quoi ? demanda Mia, bien qu’elle eût parfaitement entendu.

— Je ne peux pas témoigner.

Mia se laissa tomber sur une autre chaise, se pencha vers Corinne Delgado jusqu’à ce que leurs genoux se touchent. Elle prit les mains de la femme dans les siennes. Elles étaient glacées.

— Corinne, commença-t-elle lentement, tout en essayant de les réchauffer, c’est sur vous seule que repose tout le dossier. Si vous ne témoignez pas, l’homme qui vous a attaquée sera remis en liberté.

— Je sais. Je suis désolée.

Elle se mit à pleurer comme une fontaine. Mia sortit rapidement un mouchoir en papier de la poche de sa veste bleue et le tendit à Corinne. Elle ne pouvait que rester là à regarder, impuissante.

— Je sais bien que je vous déçois, continua Corinne. Je déçois tout le monde…

— Ne vous tracassez pas pour nous, lui dit Mia. Pensez à vous. Pensez à ce que ce monstre vous a fait.

Les yeux chargés de colère de la femme fixèrent intensément ceux de Mia.

— Vous croyez que je peux l’oublier ?

— Alors il faut vous assurer qu’il ne sera pas en mesure de recommencer.

— Je ne peux pas témoigner. Je ne peux vraiment pas.

— Bon, bon, d’accord, calmez-vous.

Mia se recula sur sa chaise. Quelque chose s’était manifestement produit depuis la dernière fois qu’elle lui avait parlé. Lors de leurs précédentes entrevues, Corinne, quoique terrorisée, s’était montrée décidée à témoigner. Elle croyait fermement à la justice française. Mia, qui avait pourtant déjà dépassé les sept années d’exercice, avait été très impressionnée par cette conviction probablement aussi forte que la sienne.

— Il s’est passé quelque chose ? demanda-t-elle, en remarquant que Corinne cessait peu à peu de trembler.

— Je dois penser à mon fils, dit Corinne avec force. Il n’a que huit ans. Son père est mort. S’il m’arrive quelque chose, il n’a plus personne.

— Il ne va rien vous arriver.

— Ma mère est trop âgée pour s’occuper de lui. Que deviendra Stéphane si je meurs ?

Qui prendra soin de lui ? Vous ?

Mia comprit que la question n’était que pure rhétorique.

— Je crains de ne pas être très douée avec les hommes, dit-elle doucement. Mais, Corinne, rien ne pourra vous atteindre une fois que nous aurons mis ce fumier derrière les barreaux. Corinne, commença-t-elle, surprise par le tremblement de sa voix, je comprends ce que vous dites, je sais par quelles épreuves vous êtes en train de passer. Mais qu’est-ce qui vous fait croire que vous serez en sécurité si vous ne témoignez pas ? Cette ordure s’est introduite par effraction dans votre appartement et vous a violée. Il vous a battue si violemment que vous n’avez quasiment pas pu ouvrir les yeux durant des semaines. Il ne savait pas que votre fils n’était pas à la maison. Il s’en fichait. Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il ne va pas essayer à nouveau ? Surtout une fois qu’il saura qu’il peut s’en tirer à bon compte parce que vous avez la trouille.

— Pas si je refuse de témoigner.

Il y eut un instant de silence.

— Que s’est-il passé, Corinne ? De quoi avez-vous peur ? Vous a-t-il contactée ? Parce que si c’est le cas, on peut faire annuler sa mise en liberté.

— Vous ne pouvez rien faire.

— Il y a des tas de choses qu’on peut faire.

Corinne mit la main dans son sac en toile Desigual, un modèle tout en couleurs qui contrastait singulièrement avec son état du moment, et en sortit une petite boîte blanche.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

Elle tendit la boîte à Mia, sans un mot. Mia l’ouvrit, écarta avec précaution plusieurs couches de mouchoirs en papier, palpa sous ses doigts quelque chose de petit et de dur.

— J’ai trouvé cette boîte devant ma porte ce matin, dit Corinne, regardant Mia soulever le dernier papier.

Un corps de jeune lapin nain étendu sans vie dans ses mains n’avait plus de tête et il lui manquait une patte.

— C’était à Stéphane, dit Corinne d’une voix tout à coup éteinte. Il y a quelques jours, quand on est rentrés à la maison un soir, il n’était plus là.

Mia comprit aussitôt la terreur de Corinne. Trois mois auparavant, Fred Tritz était entré chez elle par effraction, l’avait violée, sodomisée, frappé sauvagement, puis menacé de la tuer. Il lui montrait à présent à quel point il lui serait facile de mettre ses menaces à exécution. Il avait tué et mutilé l’animal familier de l’enfant. Personne ne l’avait vu. Mia enveloppa la petite bête et la remit dans son cercueil de carton.

— Je ne crois pas que ça puisse servir à grand-chose, mais j’aimerais montrer ça au laboratoire.

Elle se dirigea vers la porte, appela la secrétaire.

— Vous voulez bien porter ça au labo de ma part ?

Annie, la secrétaire, prit la boîte des mains de Mia aussi précautionneusement que s’il s’agissait d’un serpent venimeux. Corinne se mit brusquement debout.

— Vous savez aussi bien que moi que vous ne pourrez jamais établir de lien entre ça et

Tritz. Il s’en tirera à bon compte.

— Vous pouvez refuser de témoigner et faire en sorte que Tritz s’en sorte indemne, qu’il n’ait jamais à répondre de ce qu’il vous a fait, de ce qu’il continue à vous faire. Ou bien vous pouvez le poursuivre en justice et faire en sorte que ce bâtard ait ce qu’il mérite. Regardez les choses en face, Corinne. Si vous ne témoignez pas contre Tritz, vous n’êtes d’aucune aide pour personne, surtout pas pour vous. Tout ce que vous faites, c’est de lui permettre de recommencer.

Mia attendait, prête à utiliser d’autres arguments s’il le fallait, priant en silence que ça ne soit pas nécessaire.

— Allons, Corinne, dit-elle, lui laissant une dernière chance. Vous vous êtes battue par le passé. Après la mort de votre mari, vous n’avez pas baissé les bras, vous avez suivi des cours du soir, vous avez trouvé du travail pour élever votre fils. Défendez-vous, Corinne. Défendez-vous.

Corinne se redressa légèrement, ainsi que ses épaules. Enfin, elle hocha la tête affirmativement. Mia lui prit les mains.

— Nous allons nous entourer de toutes les précautions possibles.

Mia consulta sa montre et se leva brusquement. Charly et Barbara étaient déjà partis pour le tribunal, et Mia raccompagna Corinne le long du couloir jusqu’aux ascenseurs. De la large baie vitrée, à côté des ascenseurs, on voyait une partie sud de la ville. On pouvait distinguer dans le lointain la Bibliothèque Nationale de France et les nouveaux ensembles immobiliers flambant neufs se prolongeant vers Vitry-sur-Seine. Les deux femmes se turent tandis qu’elles descendaient jusqu’au rez-de-chaussée, sachant que toutes les paroles importantes avaient déjà été prononcées. Elles sortirent de l’ascenseur, se dirigèrent vers le parking. Corinne poussa un cri.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Mia suivit le regard terrifié de la femme. L’homme se tenait à l’autre bout du corridor, appuyé contre une paroi vitrée, sa maigre silhouette lourde de menaces, la mâchoire carrée et serrée. Tandis qu’il pivotait lentement pour leur faire face, Mia vit le coin de ses lèvres se tordre dans le même sourire inquiétant que celui qui l’avait accueillie quand elle était arrivée ce matin. Je suis la Perversité, disait le sourire. Mia frissonna, puis fit comme si c’était à cause d’un courant d’air froid qui s’était glissé dans le hall.

Fred Tritz, réalisa-t-elle.

— Je veux que vous preniez un taxi, dit-elle à Corinne tandis qu’elle en apercevait un qui s’arrêtait, et lui glissait cinquante euros dans la main.

— Je m’occupe de lui.

Mia resta un moment sur le trottoir, s’efforçant de calmer les palpitations de son cœur, puis elle fit demi-tour. Il n’avait pas bougé. Elle se dirigea vers lui à grands pas. La vague menace qui se dégageait de lui – homme de race blanche, entre trente et quarante ans, un mètre quatre-vingt, quatre-vingts kilos, cheveux blonds fixés avec du gel, yeux bruns, était accentuée par ce sourire déconcertant qu’il arborait comme une provocation.

— Je vous conseille de ne pas vous approcher de ma cliente, déclara Mia en arrivant près de lui et sans lui donner la moindre chance de l’interrompre. Si vous vous montrez encore à moins de cinquante mètres d’elle, même par hasard, si vous essayez de lui parler ou de la contacter de quelque façon que ce soit, si vous laissez encore d’ignobles petits cadeaux devant sa porte, je serai obligée de faire annuler votre mise en liberté et de vous faire coffrer. Suis-je assez claire ?

— Vous savez, dit-il d’un ton très mesuré comme s’il se trouvait dans une conversation de rosières, c’est pas une très bonne idée de se fâcher.

— Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Tritz regarda autour de lui, se gratta une oreille.

— C’est que les gens qui m’embêtent ont une certaine façon de… disparaître.

Mia ne put s’empêcher de reculer d’un pas. Elle dut réprimer une soudaine envie de vomir.

— C’est une menace ?

Pour toute réponse, Fred Tritz se contenta de s’éloigner sans un regard en arrière.

 

 

 

Les mille et une pages LM : Critique de Perversions.

 

 

 

[Chronique n°28] Perversions de Bernard Coat 

 

 

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Auteur: Bernard Coat
Maison d'éditions: Les éditions du 38
 
 
Mon avis:
 
 J'ai terminé ce livre hier, et j'en ai encore le souffle coupé ! Un gros coup de cœur pour ce roman noir. Nous suivons Mia une jolie avocate qui aime beaucoup même trop la solitude, ce qui du coup nuit sur la relation entre sa famille et elle. Au premier chapitre je me suis crue dans la série New York unité spécial, donc un très bon démarrage car c'est ma série préféré ! Puis ensuite l'histoire se déroule et tourne autour de Mia qui se fait harceler et menacer par un violeur, mais pas n'importe lequel, elle est l'avocate de la femme qui s'est fait violer par cet homme. Je peux déjà vous dire qu'on peux croire avoir trouver celui qui harcèle Mia juste avant le dernier chapitre et donc on se dit ' merde, je suis déçue ! pff ' et on arrive au chapitre final et là, on vois qu'on s'est bien fait berner par l'auteur qui nous a donné de belles et fausses pistes ! lol . Je suis encore sous le choque étant persuadée que se soit une autre personne alors qu'en fait, c'était bien la personne qu'on soupçonne depuis le début, franchement juste un conseil. Foncez ! Ce livre se lit très rapidement 23 chapitres que je n'ai vraiment pas vu passer et en plus une histoire vraiment captivante, bref j'ai adoré et je vous conseil de vraiment le lire si vous voulez changer un peu de lecture sans tomber sur un mauvais livre ou si vous aimez les romans noirs !
 
 

Ma note: Coup de

 

 

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 Une femme et des livres.com

 

 

Avec Perversions, Bernard Coat nous emmène dans le milieu judiciaire et fait monter la tension, jusqu’à un dénouement qui cueille le lecteur à quelques lignes de la fin. Mia, jeune avocate fraîchement divorcée, passionnée par son métier au point de ne plus avoir de vie privée, défend une jeune femme, violée et laissée pour morte par son agresseur. Lequel nie toute implication et a été laissé en liberté dans l’attente de son procès. Mia, occupée à soutenir sa clientèle sur le point de flancher et de retirer sa plainte, s’aperçoit, glacée, que l’agresseur présumé, prend un malin plaisir à la suivre. Partout et sans répit. Jusqu’où ? Et dans quel but ? Belle écriture, personnages attachants et plus vrais que nature, Bernard Coat fait mouche avec ce polar original qu’on a bien du mal à lâcher et qui explore la perversion  sous toutes ses formes.

 

 

 

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02/03/2016